Accepter de ne pas devenir la femme que j’avais imaginée.
Quand je suis rentrée en France après six mois de voyage, je pensais que le plus difficile serait de retrouver le quotidien. Reprendre un travail, avoir des horaires, faire à nouveau des projets avec un calendrier plutôt qu’avec une carte et un sac à dos.
Je savais bien que je ne pourrais pas passer ma vie à me promener sans me soucier de gagner ma vie. Mais entre le savoir et retrouver le rythme, il y a une petite différence !
Pourtant, ce n’est pas le retour au quotidien qui m’a demandé le plus de temps. C’est autre chose, que j’ai mis sept mois à comprendre et surtout à accepter.
Je croyais avoir laissé mon ancienne vie derrière moi. Je n’avais pas encore compris que je portais toujours avec moi l’avenir que j’avais imaginé.
La femme que je m’étais promis de devenir
Pendant vingt ans, j’ai travaillé dans la restauration. J’ai aimé l’énergie de ce métier et les rencontres qu’il m’a offertes. Mais avec les années, j’en ai aussi connu l’autre visage : les journées à courir, la pression des services et ce stress chronique qui finit par s’installer dans le quotidien. C’est en cherchant à retrouver mon calme que j’ai découvert la relaxation. Elle m’a énormément apporté, dans ma façon de respirer, de réagir et de vivre. J’ai alors eu envie de transmettre à mon tour ce que j’avais appris, avant de poursuivre ce chemin avec la sophrologie.
J’ai suivi trois années de formation en Suisse pour devenir relaxologue, puis sophrologue. J’y ai investi du temps et de l’argent, avant d’exercer en cabinet, notamment auprès d’enfants et de familles. J’aimais comprendre ce que chacun traversait et adapter les exercices à sa réalité, plutôt que de proposer la même séance à tout le monde. Ces années de formation et d’accompagnement m’ont beaucoup apporté. Je ne les ai jamais considérées comme du temps perdu.
Seulement, au fil du temps, j’avais aussi construit une image très précise de mon avenir : celle de Sabrina, sophrologue indépendante, avec son cabinet, ses consultations, sa vie bien installée. Une femme qui aurait enfin trouvé sa place.
J’y ai cru. Longtemps.
Et c’est peut-être cela qui a rendu la suite si difficile : je ne remettais pas seulement un métier en question, mais tout un avenir que j’avais dessiné dans ma tête.
Six mois sur les routes, puis le retour à la réalité
En Suisse, j’avais un travail sécurisant et une vie confortable. De l’extérieur, tout semblait aller. Pourtant, je sentais que je n’étais pas vraiment à ma place. Quelque chose ne résonnait plus en moi, sans que je sache expliquer quoi. C’était une sensation difficile à nommer, mais suffisamment présente pour que je décide de ne pas l’ignorer.
J’ai raconté ce sentiment, cette impression que ma vie devait prendre une autre direction sans savoir encore laquelle, dans mon article « Quand l’âme murmure plus fort que la raison ».
Alors j’ai quitté cette sécurité et je suis partie six mois avec mon sac à dos, à la découverte de l’Amérique centrale et du Nord. Bien sûr, j’avais envie de marcher, de rencontrer des gens, de voir d’autres façons de vivre et de décider de la suite sans devoir tout prévoir. Mais je partais aussi pour me découvrir moi-même. J’avais besoin de prendre de la distance avec mon quotidien pour mieux comprendre ce que je ressentais et ce que je voulais vraiment.
Ce voyage ne m’a pas donné une réponse magique à toutes mes questions. En revanche, il m’a rappelé à quel point j’avais besoin d’espace, de liberté et de temps pour apprécier la vie.
Et puis je suis rentrée en France.
Il a fallu retrouver un travail. Aujourd’hui, je travaille en usine. Je n’ai aucun mépris pour ce travail ni pour les personnes qui le font, bien au contraire. Mais je vais être honnête : ce n’était pas ce que j’avais imaginé quand j’avais décidé, des années plus tôt, d’investir dans ma reconversion.
Je me suis alors remise à chercher comment exercer la sophrologie autrement. Une chose était sûre : je ne voulais plus de cabinet. En ligne, oui, mais auprès de qui ? Des adultes, des enfants, des familles ? Je tournais ces questions dans tous les sens, tout en cherchant une façon de travailler qui me laisserait du temps pour voyager, écrire et profiter de la nature.
À force de me poser ces questions, j’ai parfois eu l’impression de changer encore d’avis. Je me demandais si j’étais instable, incapable de me tenir à une direction. Ce sentiment-là, je le connaissais déjà.
Sept mois à chercher sans comprendre
Je continuais à réfléchir à la manière dont j’allais exercer la sophrologie. Je cherchais le bon public, le bon format, la bonne façon de présenter mon activité. J’avais des idées, puis je doutais, puis j’en avais d’autres.
Le plus déroutant, c’est que j’aimais toujours les exercices de relaxation et le plaisir de les transmettre. Alors pourquoi avais-je tant de mal à me projeter dans mon avenir professionnel ? Je pensais que je n’avais pas encore trouvé la bonne solution. Je ne comprenais pas ce qui coinçait réellement.
Et c’est bien cela qui m’a occupée pendant sept mois : chercher une réponse sans avoir identifié la vraie question.
La réponse est arrivée… sous ma douche !
Il y a quelques jours, après beaucoup de discussions et de réflexions, j’étais sous ma douche quand une évidence m’a traversé l’esprit.
Je ne voulais pas être cette sophrologue que j’avais imaginée. Je voulais être prof de relaxation.
Dit comme ça, la différence peut sembler mince. Pour moi, elle est immense. Et surtout, c’est à cet instant que j’ai enfin compris ce qui me travaillait depuis mon retour. Je cherchais depuis sept mois comment faire entrer la sophrologie dans la vie dont je rêvais, sans voir que je pouvais partir de cette vie et construire mon travail autour d’elle.
Ce que j’aime, c’est apprendre aux gens à se relaxer, créer des histoires, transmettre des exercices simples qui trouvent leur place dans la vraie vie. Je pouvais continuer à faire tout cela sans m’obliger à devenir la sophrologue que j’avais imaginée des années plus tôt.
Et j’aime voyager. Cela ne va pas changer. Pourquoi faudrait-il construire mon travail d’une manière qui m’oblige à mettre cette part de moi de côté ?
Je me suis surprise à sourire en imaginant cette nouvelle direction. Mes connaissances étaient toujours là. Ce qui changeait, c’était la place que je voulais donner au travail dans ma vie.
Il aura donc fallu une douche pour mettre des mots sur ce que je cherchais depuis des mois. Comme quoi, pas besoin de partir à l’autre bout du monde pour chaque révélation !
Laisser partir l’avenir que j’avais imaginé
Voilà ce qui me surprend encore : j’avais réussi à quitter un travail sécurisant et une vie confortable en Suisse, mais je n’avais pas réalisé qu’il me restait quelque chose à laisser partir. Pas une maison ni un emploi. L’idée de la femme que je pensais devenir.
Je ne regrette rien de ce que la sophrologie m’a appris. Mais je n’ai plus envie d’organiser mon existence autour du cabinet et de l’image professionnelle que j’avais construite. Pendant longtemps, j’ai confondu rester fidèle à mes anciens choix et rester fidèle à la personne que je suis devenue.
Pourquoi devrais-je poursuivre un rêve simplement parce qu’il a été le mien pendant des années ?
On peut être fière du chemin parcouru sans avoir envie de continuer sur la même route.
Construire mon travail autour de ma vie
Jusqu’ici, même en cherchant à exercer autrement, je partais toujours de mon métier pour imaginer comment organiser ma vie autour. Je comprends maintenant que j’ai envie de prendre les choses dans l’autre sens.
Quelle vie ai-je envie de mener ? Une vie dans laquelle je peux voyager, passer du temps dans la nature, écrire, créer et faire de la place aux rencontres. Le travail en fera partie, bien sûr, mais je ne veux plus qu’il décide de tout le reste.
Une Nomade Zen est l’endroit où je raconte ce que la vie m’apprend, dehors comme en moi. Avec L’École du Calme, je veux transmettre la relaxation à ma manière. Ces deux projets peuvent grandir dans une vie qui garde de la place pour ce qui me rend heureuse.
Et puis, il y a cette part de moi que j’avais longtemps mise de côté : la petite rêveuse et créatrice. J’aime inventer des histoires, des contes et des méditations. Aujourd’hui, j’ose aussi créer avec mes mains. Mes marches dans la nature, mon amour des pierres, des matières et des parfums m’ont donné envie de faire naître Sud Culotté : des créations parfumées où se rencontrent la Jesmonite, la cire naturelle et les fleurs séchées. Une petite boutique se prépare. En laissant partir la femme que je pensais devoir devenir, je fais enfin de la place à celle qui a toujours été là.
Tout reste à construire, et je sais que cela demandera du travail. Mais au moins, aujourd’hui, je ne cherche plus à me faire entrer dans un rôle. Je pars de ce que j’aime vivre pour réfléchir à la manière dont je veux travailler.
Si je devais retenir une seule chose de ces sept mois, ce serait celle-ci : on a le droit de changer d’avis sur la vie qu’on voulait, même après avoir passé des années à la construire.
Je suis rentrée de voyage depuis longtemps. Il m’a simplement fallu sept mois de plus pour accepter que je n’étais plus obligée de devenir la femme que j’avais imaginée.
Désormais, je ne veux plus organiser ma vie autour de mon travail. Je veux construire mon travail autour de ma vie.
Et toi ?
As-tu déjà ressenti ce décalage entre la vie que tu avais imaginée et celle que tu avais réellement envie de vivre ?
Si tu as envie de partager ton expérience, raconte-moi en commentaire. Je serai heureuse de te lire.