En ce 8 mars, j’ai pris le chemin du Garlaban comme on prend rendez-vous avec soi.
La montagne, le vent, le silence… tout m’a ramenée à un chapitre enfoui de mon histoire de femme.
Un chapitre que je croyais refermé, mais qui continuait de me façonner.
Et là, au détour d’un sentier, une question s’est imposée :
« Comment s’accorder de la valeur quand on a grandi en pensant qu’être une femme était un désavantage ? »
Cette question, je ne l’avais jamais formulée, m’habite depuis longtemps.
Et peut-être qu’elle t’habite aussi.
Quand être une fille ressemblait à une catastrophe annoncée
Enfant, je n’ai jamais rêvé d’être une femme. Pour moi, c’était presque une catastrophe. Je voyais les femmes autour de moi fatiguées, chargées, limitées, résignées. Je voyais les hommes libres, légitimes, écoutés.
Alors, sans le savoir, j’ai accordé plus de valeur au masculin qu’au féminin. Pas par choix. Par observation.
Et quand on grandit avec cette idée, on apprend à se dévaloriser sans même s’en rendre compte.
Le rejet de la féminité “attendue”
À l’adolescence, ce malaise s’est amplifié. Je ne me reconnaissais pas dans les codes féminins : la douceur, la patience, la coiffure parfaite, les vêtements impeccables, la discrétion. Pour moi, à cette époque, était synonyme de fragilité, de vulnérabilité, de faiblesse.
Je me disais souvent : “Pourquoi je ne suis pas un garçon ?”
Je ne rejetais pas la femme. Je rejetais l’image dévalorisée de la femme que j’avais intégrée.
Ce que les femmes de ma famille m’ont transmis sans le vouloir
En marchant, j’ai compris que mon histoire ne commençait pas avec moi. Elle commençait bien avant.
Je me suis souvenue de ma mère. De ses petites phrases. De ses renoncements. De sa fatigue silencieuse. De cette manière qu’elle avait de s’effacer, de minimiser ses besoins, de s’excuser d’exister.
Je n’ai jamais connu ma grand-mère, mais j’ai grandi avec les récits de ma mère. Des fragments de vie, des petites phrases, des souvenirs lourds de non-dits. Et j’ai compris que ce que je portais ne venait pas seulement de moi : c’était l’écho d’une lignée de femmes qui n’avaient jamais eu la possibilité de s’accorder de la valeur.
Et j’ai compris quelque chose d’essentiel :
Je n’ai pas seulement grandi en pensant que les femmes avaient moins de valeur. J’ai grandi en voyant des femmes qui ne s’accordaient pas de valeur elles-mêmes, parce qu’on ne leur avait jamais appris à le faire.
Ce que je portais n’était pas seulement mon histoire. C’était une mémoire familiale. Une mémoire où le féminin avait été minimisé, épuisé, oublié.
Comment aurais-je pu m’aimer pleinement, si les femmes avant moi n’avaient jamais eu le droit de s’honorer elles-mêmes ?
Le vrai sujet : la valeur
La valeur qu’on s’accorde dépend de la valeur qu’on a appris à donner à notre identité.
Si on grandit dans un environnement où le féminin est :
- minimisé
- ridiculisé
- contrôlé
- invisibilisé
- sacrifié
… alors comment pourrait-on se sentir légitime ?
On ne peut pas s’accorder une valeur qu’on n’a jamais vue reconnue.
Et pourtant, c’est possible. Ça demande du courage, de la conscience, et parfois… une randonnée.
Réapprendre à m’honorer
En montant le Garlaban, j’ai senti que je gravissais plus qu’une montagne. Je gravissais mes croyances. Je gravissais mes héritages. Je gravissais mes anciennes versions.
Et j’ai compris que : la valeur, ça ne se reçoit pas. Ça se reprend.
Pas en imitant les hommes. Pas en jouant un rôle. Pas en cherchant à correspondre.
Mais en revenant à soi. À son cœur. À sa vérité. À sa manière unique d’être femme.
Aujourd’hui, j’apprends enfin à honorer la femme que je suis : forte, sensible, indocile, intuitive, libre, à ma façon.
Rompre la chaîne
Je réalise aujourd’hui que je suis peut-être la première femme de ma lignée à pouvoir dire : “Ma valeur ne dépend plus de ce que j’ai vu. Je me la réapproprie.”
Et si tu lis ces lignes, peut-être que toi aussi tu portes une histoire qui n’est pas la tienne. Peut-être que tu as hérité d’un féminin blessé, fatigué, silencieux. Peut-être que tu te dévalorises encore sans comprendre pourquoi.
Alors je te laisse avec cette invitation :
Et si tu devenais, toi aussi, la première femme de ta lignée à t’accorder la valeur que tu mérites ?
Parce que reconnaître sa valeur en tant que femme n’est pas toujours simple… mais c’est un acte de liberté. Un acte de guérison. Un acte de transmission.