Déposer une blessure pour retrouver l’amour familial et marcher plus légère.
Voyager, ce n’est pas seulement découvrir de nouveaux paysages, c’est aussi partir à la rencontre de soi. Pour moi, chaque pas hors des sentiers battus devient une invitation à explorer mes profondeurs intérieures. Dans les montagnes du Chiapas, au Mexique, j’ai vécu une expérience qui m’a rappelé que le voyage peut être un véritable catalyseur de transformation : descendre dans une grotte, c’était descendre en moi-même. Ce jour-là, j’ai déposé ma plus grande blessure, celle de l’abandon, et j’ai découvert qu’au cœur de l’obscurité peut naître une lumière nouvelle.
Dans le Chiapas, au Mexique, il existe de nombreuses grottes.
Je vous pose le contexte : je suis au Mexique, plus précisément dans le Chiapas, où je fais du woofing dans une ferme située au cœur d’une communauté vivant dans les montagnes, à 1h30 de la première ville. Ce 1er janvier 2026, nous sommes en repos. La communauté a l’habitude de se retirer quelques heures dans une grotte, à une heure de marche de la ferme. Je décide de les accompagner, avec d’autres volontaires venus des quatre coins de l’Europe.
Après une courte marche sur les chemins forestiers balisés, nous quittons les sentiers battus pour nous enfoncer dans la forêt. Nos seuls repères sont de petits morceaux de tissu orange accrochés aux arbres. Nous arrivons bientôt devant un immense canyon. La descente se fait tant bien que mal, souvent sur les fesses, car deux jours plus tôt une pluie diluvienne a rendu la roche glissante. Plus nous descendons, plus l’entrée de la grotte se distingue, et plus elle me paraît immense.
La descente se poursuit dans le silence, éclairée par nos frontales. Les plafonds sont magnifiques : pas encore de stalactites, mais comme un début de formation. Nous croisons des troncs d’arbres, de gros rochers et une terre rouge vif. On glisse, on tombe, on rit… puis nous voilà presque au bout. Aller plus loin nécessiterait de ramper, mais l’idée n’est pas de jouer au commando. Nous nous arrêtons là.
Assis en cercle, nous éteignons nos lampes. Et la magie commence. Je suis là, dans le noir absolu, avec pour seul bruit les gouttelettes tombant du plafond dans les entrailles de la terre. j’ai les yeux fermés, sans savoir pourquoi. J’ai sûrement l’impression d’être plus concentré sur mes autres sens. Alors, sans l’avoir prévu, je fais une sorte de récapitulatif de tout le travail personnel accompli depuis quinze ans. Une phrase me revient, prononcée un jour sur un volcan au Nicaragua à mon meilleur ami : « Tu m’as abandonnée. » Pourquoi ce mot, si fort ? J’aurais pu dire « tu m’as lâchée », « tu m’as oubliée »… mais non, j’ai choisi « abandonnée ».
Je réalise que ce mot est revenu dans ma vie à plusieurs reprises : au travail, en amour, en amitié. L’image de mes grands-parents surgit, puis celle de ma mère, et celle de mon père. Dans cette grotte, nous étions neuf, chacun plongé dans ses pensées. Mais moi, j’étais assise avec mes grands-parents et mes parents, réunis dans ce silence extrême.
Le mot « abandon »… bien sûr ! Enfant, j’ai beaucoup souffert de grandir seule, sans famille, sans grands-parents, sans père. J’avais cette sensation d’être seule au monde. Mais ma mère, elle, ne m’a pas abandonnée. Alors pourquoi était-elle assise avec nous dans cette grotte ? En repensant à son enfance, à ce qu’elle a traversé, j’ai compris : elle aussi avait souffert de cette blessure. C’était une évidence.
Alors, puisque toute ma famille était réunie dans cette grotte, j’ai pris une pierre dans le noir absolu et, dans ma tête, j’ai dit : « Je dépose le poids de l’abandon. Mon sentiment personnel, mais aussi celui de ma lignée. » J’ai posé cette pierre délicatement, puis j’ai pris une poignée de terre et commencé à la modeler. Pour la première fois, j’ai eu l’impression que ma mère et mon père s’étaient réconciliés. Comme si les frustrations et l’amertume s’étaient envolées. J’avais le sentiment d’un travail accompli.
Autour de moi, certains commençaient à s’impatienter. Je pense que les plus jeunes bénévoles en avaient assez du silence et de l’obscurité. Nous avons rallumé nos frontales et entamé la remontée. Avant de partir, j’ai déposé un petit cœur en pierre, j’en ai toujours un sur moi 🙂 . La montée fut plus rapide que la descente, Je me sentais bien, légère, vivante.
Sur le chemin du retour, je repensais à cette poignée de terre que j’avais modelée. Je l’avais glissée dans un petit sachet vide de mouchoirs. Et devinez quoi ? J’en ai fait un petit cœur.
Ce jour-là, j’ai déposé ma plus grande blessure, celle de l’abandon, et celle de ma lignée. Et dans cette grotte, j’y ai trouvé… de l’amour, l’amour familiale.
En Conclusion
Le voyage nous offre bien plus que des souvenirs : il nous donne des rituels, des symboles et des espaces pour transformer nos blessures en force. Dans cette grotte mexicaine, j’ai compris que l’abandon pouvait se muer en réconciliation, et que derrière la douleur se cache souvent une source d’amour. Pour moi, chaque destination est aussi une étape intérieure. Alors je vous invite à vous demander : quelle blessure aimeriez-vous déposer dans votre propre grotte intérieure, pour continuer le chemin plus légère et plus libre ?
